Les grandes orgues

Les grandes orgues 
 
En 1978 la paroisse et la commune de Pierrefonds ont doté l'église d'un nouvel orgue, non seulement pour remplacer un instrument d'intérêt médiocre qui avait fait son temps, mais aussi dans le but d'offrir à Pierrefonds et à toute la région les moyens de faire entendre dans les meilleures conditions la musique française d'orgue des XVII° et XVIII° siècles. Profitant en effet de l'acoustique exceptionnelle dont bénéficie l'édifice, on a mis en place un instrument de grande qualité, avec la reconstitution fidèle d'un orgue de l'époque de la fin du règne de Louis XIV. L'instrument de Pierrefonds en possède tous les timbres et sa facture artisanale garantit l'authenticité de la partie mécanique, avec toutefois l'avantage qu'il s'agit d'un matériel neuf, donc capable d'être plus aisément et agréablement touché par les organistes. 
 
Une telle entreprise esthétique est assez rare en France pour être soulignée. C'est pourquoi nous reproduisons, à l'occasion de ce N° spécial sur Pierrefonds, la notice que nous avait rédigée monsieur Grosclaude, organiste, lors de la publication de notre revue spéciale sur Les orgues de Compiègne et sa région, en 1980. 

1) L'orgue ancien 
 
L'instrument actuel remplace un petit orgue qui avait été offert à Pierrefonds, au milieu du siècle dernier, par l'impératrice Eugénie. Celui-ci avait été construit par les frères Damiens de Vernon, dans l'Eure. La seule protection de l'instrument était constituée par des panneaux de contreplaqué sur les côtés et à l'arrière, ainsi qu'un montage de boiserie de faux gothique en façade. 
 
La composition était la suivante : Grand orgue : Bourdon 16 pieds Bourdon 8 pieds Flûte 8 pieds Prestant 4 pieds Doublette 2 pieds Trompette 8 pieds Clairon 4 pieds Et un jeu coupé comprenant le 8 pieds, le prestant et le nasard, avec reprise jusqu'au milieu du clavier et sans reprise sur le dessus, avec appellation de Fourniture pour le grave, 
Cornet pour le dessus. Il n'y avait par conséquent ni plein jeu ni cornet, puisque pour ce dernier mélange il manquait le 2 pieds et surtout la tierce. 
 
Dessus de récit Bourdon 8 pieds Flûte octaviante 4 pieds Hautbois Basson Voix humaine Voix céleste 
 
Le pédalier n'avait pas de jeu propre, mais fonctionnait en tirasse permanente sur le grand orgue. Nous avions donc un instrument de 4 pieds en montre dont la composition et les possibilités ne permettaient d'interpréter ni la musique classique ni l'œuvre romantique. L'épreuve du temps et les méfaits des deux guerres eurent raison de la mécanique et des sommiers, de sorte que remettre l'instrument en état de marche devenait une opération bien plus coûteuse et de surcroît sans intérêt du point de vue musical, que de reconstruire à neuf. Nous avions toutefois une base solide, c'était toute la tuyauterie de l'orgue qui était d'une facture irréprochable. 

2) Le choix du nouvel instrument 
 
En abordant la reconstruction, se pose tout naturellement la question du choix de l'esthétique. On parle de l'orgue du 20 ème siècle -voire déjà du 21 ème- sans savoir ce qu'il pourra être. Par ailleurs, pendant plus de 30 ans, on a ainsi construit des instruments de compromis appelés à jouer la musique de toutes les époques et de toutes les écoles. Cette conception a été en grande partie abandonnée, car on s'est aperçu que ces orgues avaient perdu leur âme et que, si effectivement elles permettaient de tout jouer, aucune musique ne leur convenait véritablement. 
 
Le problème à Pierrefonds était assez simple : la dimension de la nef ne permettait pas un instrument symphonique ni romantique, qui demandait de l'espace. La solution du grand huit pieds en montre classique s'imposait donc tout naturellement ; et puisque nous sommes en France, pourquoi aurait on construit un orgue classique allemand ? Notre facture française des 17 ème et 18 ème siècles a produit des instruments prodigieux, et par bonheur nous possédons des documents très précis de l'époque. 
 
C'est ainsi que nous avons construit un orgue classique français, absolument pur, un grand 8 pieds, parfaitement proportionné à l'édifice, avec 4 claviers de 51 touches, pour le positif et le grand clavier, 32 touches pour le récit et l'écho, la pédale possédant 33 marches. 
 
Le grand buffet de chêne se compose de trois tourelles et deux plates faces, les deux tourelles latérales étant plus élevées. On retrouve au positif de dos le même type de buffet. 

Il se trouve que l'harmonie et les proportions du buffet permettent d'entrer en consonance avec le premier Ut du clavier. Les jeux de pédale ont été placés en dehors du buffet, derrière le grand orgue. La console des claviers se trouve en fenêtre (6), l'organiste étant placé entre le grand orgue et le positif. Les claviers sont noirs, plaqués d'ébène et les dièses en poirier, comme il était d'usage à l'époque classique. Le pédalier est français, c'est à dire à chevilles, comme sur les instruments anciens, et non pas en barres, à l'allemande. Enfin les 4 claviers sont encadrés par 34 tirants de jeux, se terminant par des pommeaux en poirier. 
 
A tous les claviers, la mécanique est de type suspendue. Les touches sont donc axées en queue, l'accrochage se faisant par le milieu. La mécanique foulante du positif se fait par pilotes et bascules en chêne, celle du grand orgue par vergettes et abrégé en chêne. La mécanique du Récit passe par deux abrégés, celle de l'écho est accrochée directement, par vergettes en éventail. 
 
La mécanique du pédalier se fait par deux équerres et un abrégé en chêne. L'accouplement du positif sur le grand clavier est un accouplement à tiroir, la tirasse du grand orgue fonctionne par fourchette. Tous les sommiers sont construits en chêne. Nous avons deux sommiers diatoniques pour le grand orgue, au niveau de la grande façade. Les huit premières notes sont à double soupape. 
 
Le sommier du positif placé dans le petit buffet au niveau de la tribune est diatonique sur la première octave, la suite étant chromatique. Le sommier du Récit, placé dans le haut de la tourelle centrale est diatonique, en mitre. Le petit sommier de l'écho, placé dans le soubassement du grand buffet, est chromatique. Les deux sommiers de pédale placés derrière le buffet sont diatoniques. L'alimentation des tuyaux postés se fait par postages en plomb. Les dimensions des soupapes sont calculées de façon à alimenter convenablement le grand jeu de tierce, mélange classique consommant le plus de vent. 
 
L'alimentation des sommiers se fait par un réservoir unique donnant une pression unique pour tous les sommiers. Cette pression est de 73 mm. Tous les porte- vents sont en bois. Un tremblant doux est monté dans le porte-vent principal. Les tuyaux de métal sont martelés. Les alliages sont de 25 % d'étain, 75 % de plomb pour les tuyaux en étoffe ; 85 % d'étain et 15 % de plomb pour les tuyaux en étain.

Tous les tuyaux sont coupés au ton. Les bourdons sont à calottes soudées. L'orgue est accordé au ton ancien, soit 442 vibrations/seconde pour le si. Le tempérament est inégal, suivant le schéma de Lambert Chaumont. Pour l'harmonisation, nous avons recherché la rondeur et l'ampleur des sonorités de l'orgue classique français. L'orgue de Pierrefonds n'est pas une pure et simple copie d'un instrument ancien. Il a été conçu et réalisé par un facteur du XX émet siècle, la maison Koenig de Sarre-Union (Moselle). Tous les éléments, tant la conception du buffet et de la mécanique que la taille ou l'harmonisation des tuyaux, ont été dictés par l'expérience personnelle du facteur. Cet orgue a donc le double intérêt de faire entendre des sonorités classiques françaises, mais sur un orgue neuf, en parfait état de marche. 
 
L'instrument de Pierrefonds appartient déjà au patrimoine français, dépassant les limites locales. On vient le voir de toute la France et même de l'étranger : ainsi cette délégation de facteurs d'orgue danois, passionnés par ce qu'ils ont vu et entendu. Des cours d'interprétation de la musique française sont donnés par le maître Michel Chapuis s à des élèves de haut niveau et l'on voit arriver une fois par mois les participants de l'Académie de musique française de Pierrefonds. A ce rôle éducatif s'ajoute une activité musicale autour de l'orgue : une série annuelle de 5 ou 6 concerts baptisés rendez-vous de Pierrefonds. L'orgue y a une place de choix, mais nous tenons à diversifier les possibilités d'écouter de la bonne musique. Ainsi les mélomanes ont pu applaudir le Pro Arte de Munich, la Grande Ecurie et Chambre du Roy, l'orchestre Paul Kuentz, le quatuor Parrain... 
 
Cette activité et la réalisation de l'orgue doivent beaucoup à la municipalité de l'époque, qui a apporté sa contribution à l'histoire de l'orgue français. Nous ne doutons pas que, dans le cadre du festival estival désormais organisé à Pierrefonds, un si bel orgue ne retrouve la place qu'il mérite. (NDLR) 

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