Les panneaux peints

On pourrait s'étonner d'avoir la possibilité d'admirer à Pierrefonds des œuvres que les Conservateurs des Monuments Historiques ont daté des XlVème et XVème siècles, lesquelles seraient des écoles de Sienne et Florence (Italie). Il faut se souvenir qu'au XlVème s. Jan van EYCK (1380-1441), peintre flamand, contribue à vulgariser le nouveau procédé de la peinture à l'huile Il met au point un « vernis » qui accélère le processus naturel de « séchage » des huiles. Les pigments colorés étant en suspension dans ce vernis siccatif, ce procédé permet d'obtenir des effets de transparence par superposition de couches colorées très légères. Ceci est particulièrement approprié pour traduire la carnation de la peau, la finesse des dentelles, le brillant des bijoux...

Cette « découverte », bientôt connue des artistes italiens fera qu'ils viendront rapidement en pays flamand pour s'initier à cette nouvelle technique, Les déplacements se faisant lentement, l'artiste devait travailler chemin faisant, pour assurer ses frais de voyage. C'est ainsi que diverses oeuvres ont été réalisées en France durant les XlVème et XVème s. une des plus connues est la Piéta de Villeneuve-les-Avignon.

Réalisées sur des panneaux de bois (chêne) très épais (35 à 40 m/m en moyenne), taillés à l'herminette et ragréés à l'aide d'un enduit (craie et colle de peau). Les assemblages n'ayant pratiquement pas joué, il est évident que ces bois ont été préparés avec soin. On peut raisonnablement supposer que ces oeuvres étaient intégrées, à l'origine, dans un retable

Les sujets de ces trois panneaux sont successivement:

Le couronnement de la Vierge, peinture du XlVème siècle, probablement de l'école de Sienne.

                        Le sujet peint sur fond doré met en scène une femme présentant son enfant. L'ensemble s'analyse en trois registres : deux anges placés en partie haute, puis les personnages principaux, enfin deux personnages debout sur une surface imitant un sol carrelé. L e tout est entouré par un décor en relief composé d'une forme ogivale ornée de feuillages reposant sur deux petits chapiteaux qui devaient couronner deux colonnettes aujourd'hui disparues. Le décor se termine par un socle comportant une inscription.

Les deux anges : dans l'Ancien Testament on imaginait la cour de Dieu comme celle d'un souverain oriental ; les anges étaient présentés comme des messagers de Dieu intervenant auprès des hommes. Dans les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament ils sont considérés comme des êtres d'une essence spirituelle créés par Dieu dès le Commencement, Ils assurent le lien entre monde céleste et terrestre et ont pour mission d'assurer la Liturgie auprès du trône de Dieu.

                      Leur intervention est synonyme de Révélation, mais ils n'en sont pas l'objet. Ils sont représentés dotés d'ailes couvertes de plumes d'oiseau, le plus souvent multicolores, comme irisées car la tradition chrétienne les a imaginés créés par Dieu avec la lumière.

Dans ce panneau les anges soutiennent une couronne (maintenant très effacée) destinée à Marie mère de l'Enfant-Dieu ce qui exprime de façon explicite la relation établie entre le Ciel, la Femme et l'Enfant, et marque l'importance du message délivré aux hommes.

La Vierge et Jésus : sont présentés de façon particulière, comme en lévitation ce qui signifie que ces personnes ne sont pas du même univers que ceux figurés au bas de la composition. A noter également que la Vierge ne tient pas son Fils et que celui-ci fait un geste de bénédiction.

La Vierge présente Jésus en le laissant libre de ses mouvements signifiant ainsi qu'il ne lui appartient pas. On remarquera l'oiseau que  tient Jésus. L'oiseau Est généralement un rouge-gorge ou un chardonneret, symbole de la future Passion.

La tunique rouge : le rouge, couleur de la passion, est aussi la couleur des flammes de l'amour, celles des langues de feu de la Pentecôte, C'est aussi la couleur adoptée pour signifier la royauté. La tunique rouge de la Vierge marque le temps où elle porte en elle le roi des Cieux. En concurrence avec le rouge, le bleu nuit, décoré d'étoiles, évoque le ciel ou le cosmos.

Le bas de la composition : évoque le domaine terrestre signifié par deux personnages auréolés, c'est à dire entrés dans la Gloire de Dieu. —es dignitaires, sont représentés sur un rectangle (symboliquement, la terre) qui passe du noir à l'ocre, de foncé à clair, soit des ténèbres à la lumière, de l'ignorance à la connaissance, Ceci est souligné par le « sol » carrelé, symbolisant un domaine terrestre organisé par l'homme. Ces hommes de la terre sont en relation entre eux et avec les personnages du dessus par un petit personnage ailé, une représentation symbolique de l'ange que les italiens appellent un putto. Mais qui sont ces personnes ?

A gauche, il s'agit de Saint Jérôme, le traducteur de la Bible de l'hébreu et du grec en latin (il porte « le » livre). Il est accompagné d'un petit lion, celui qu'il soigna au désert en lui retirant une épine que l'animal avait dans la patte, ce qui le vouait à la mort. A droite, Saint Martin qui porte le costume des chevaliers de la cour. L'épée qu'il tient de façon pacifique est le signe de sa fonction primitive d'officier.

Le panneau se termine enfin par une prédelle comportant un texte

«In gremio Matris residet Sapientia Patris »

Dans le giron de la Mère siège la Sagesse du Père.

Partant du haut de la composition et en reliant les symboles qui viennent d'être repérés, on peut « lire » les intentions du peintre. Les anges, de la part de Dieu, montrent la relation directe existant entre le Père et le Fils par Marie. Jésus « naît » aux hommes en leur donnant, par l'Esprit, la possibilité de recevoir la Parole de Dieu. Jésus est le Seigneur venu pour faire connaître la Gloire du Père et Marie, sa mère, donne à l'humanité la possibilité de recevoir ce don.

Madone à l'enfant, panneau du XlVème probablement également réalisé par un peintre de l'école de Sienne. Cette œuvre fait la synthèse entre le réalisme gothique et le symbolisme byzantin. Malgré une apparence statique le mouvement est déjà suggéré, ce qui commence à rompre avec les représentations de l'époque romane.                      

Que peut-on observer et quels sens donner aux signes et symboles proposés ? Une femme tenant son enfant est assise sur un siège comparable aux cathèdres gothiques, L'enfant regarde sa mère, qui est tournée vers le spectateur. Les deux personnages sont nimbés ce qui permet de voir en eux la figuration de la Vierge et de Jésus. Ces regards ont une grande importance dans la mesure où ils indiquent le « chemin » par lequel Dieu vint aux hommes, par Jésus et Marie, la nouvelle Eve.

Le dossier du siège (exprimé par une perspective frontale) est structuré à partir d’éléments architecturaux. Son aspect inhabituel, ajouré, qui enveloppe les personnages, évoque la chaire (ou cathèdre) qui est le siège ordinaire du seigneur, l'évêque, du juge ou du personnage important d'une assemblée... voire du Roi. --ut ici retenir cette dernière proposition, le siège représenté est un siège royal, un trône. Ce trône fait une allusion appuyée à l'architecture de la cathédrale et de ce fait devient une métaphore qui symbolise l'Eglise. Il devient signe du pouvoir suprême tenu par une autorité spirituelle ou temporelle (§ « le Saint-Siège »). Jésus, debout, siège sur une cathèdre-trône. La Vierge nimbée, elle-même assise en majesté, « Maesta », est considérée comme le trône de l'enfant Dieu, le « trône de la sagesse ».

Concernant les mains de la Vierge, on remarque que ses doigts sont plus grands que nature, le geste est signe de protection plus que de possession, la Mère offre son enfant au monde.

Le fond, réalisé à la feuille d'or, évoque la lumière divine incréée. Couleur du soleil signifie également la transcendance et le rayonnement de la présence divine. Il Duit la Gloire de Dieu et représente le monde céleste. Ce choix n’est pas seulement esthétique, il nous dit que jésus et sa mère, figures essentielles de l’église, sont lumière. Cette lecture se complète en observant que la vierge est vêtue d’une robe rouge. Comme dit précédemment, cette couleur « royale », est inhabituelle pour notre époque, (le bleu « ciel » s'est imposé beaucoup plus tard, en Espagne, pour la célébration des fêtes de Marie, couleur qui est aussi celle du manteau divin). Le contraste de cette couleur avec le manteau bleu-noir, symbole des ténèbres, semble signifier que, hors de Jésus et de l'Eglise, il ne peut exister que ténèbres.

Grâce à Marie, personnage central de l'Eglise, la Parole de Dieu nous parvient par Jésus incarné, grâce à elle, dans notre monde.

« La Sainte conversation »

Un peu plus récent ce panneau a été reconnu et daté du XVème s. probablement oeuvre d'un peintre issu de l'école de Florence. L'influence de GIOTTO (1226-1337) s'y manifeste au travers de divers signes. Les canons des enlumineurs sont abandonnés au profit d'un réalisme qui exploite, ici, le sujet d'une scène de la vie quotidienne. Le mouvement devient sujet de recherche, dépassant les conventions des miniaturistes,

Toutefois Giotto et ses successeurs recréeront un archétype nouveau, principalement au niveau des visages dont les yeux, « en œil de biche » suggère plus une méditation intérieure de la nature divine qu'une traduction réaliste du monde dans lequel ces personnages sont plongés.

De même la pose de trois-quarts, genoux écartés, est une attitude très naturelle, tout à fait nouvelle. Il s'agit, pour le' peintre, de mettre en évidence le caractère humain des personnages figurés. Ainsi Jésus, tendant les bras dans un geste très familier, exprime l'amour qu'il porte à sa mère. Cette composition d'une évidente humanité marque bien la rupture définitive qui se fait jour à la Renaissance.

Dorénavant le commentaire théologique prend en compte la totalité de l'Homme, corps et esprit. C'est ainsi que dans ce panneau les regards échangés par les personnages sont l'image de ce qui doit exister entre tous les hommes : un échange fondé sur un amour mutuel.

Les photos sont disponible sur ce site.

Découverte de ces 3 tableaux lors d'une visite libre ou guidée

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